Artiste Plasticien

Une trace est un témoignage, intentionnel ou fortuit. Certains indigènes, cheminant pieds nus, poursuivent par la seule perception d’indices invisibles, le gibier qu’ils ont tactilement reconnu. Des gitans indiquent par un signe dont seuls ils connaissent l’ existence,  les maisons  accueillantes. Opalka identifie  toiles  et dessins  par  la  seule  énumération vocale et 

graphique des chiffres concernés. Les palimpsestes recèlent leurs histoires tandis que des incisions pariétales révèlent la chasse ou la pêche de l’homme de la préhistoire…

 

Il convient que le contemplateur, profane ou spécialiste, possède un code de lecture, une capacité d’appréciation émotive et intellectuelle pour comprendre la formulation du message et concevoir sa portée.

 

Daniel MOURRE s’est passionné pour les moquettes des salons professionnels. Il en a conservé les fragments après usage, s’intéresse à leurs empreintes, à leurs couleurs, à leurs usures. Il a déterminé les motifs encore visibles qu’il pouvait faire apparaître par impression sur du papier Canson. La plaque sert ainsi de matrice, sa coloration modifiée par le temps pouvant également être renforcée par la rouille ou l’adjonction de goudron. Des séries sont ainsi constituées selon les  empreintes,  du  verso  qui a  supporté  le poids des  visiteurs sans contact 

direct au recto qui fut le témoin direct de toutes les visites. Ces déchets, ainsi que les plaques de fibre de bois naturel placées sous les parquets  flottants conservent dans leur vieillissement le secret de leur naissance et de leur évolution. Comme des lithographies géantes, leur impression nous offre l’imaginaire.

 

Qui furent les visiteurs ? Quelle fut la durée du stationnement créateur ? Quelle folle histoire leur réalité usée mais authentique nous offre-t-elle ? Picasso ou Man Ray cultiva un « jardin de poussière »… Les “ready-made”, fruits de dérision déclenchèrent l’art contemporain.

 

La démarche n’est pas ici dérisoire. Elle conserve par le respect d’un décor industriel plus ou moins effacé par l’usure et le temps, le substrat qu’enrichit l’artiste découvreur. Ainsi par la conjonction de visiteurs anonymes mais réels, d’une décision commerciale évidente et de la décision personnelle d’un artiste sont réalisées des séries originales non négligeables.

 

Peut-on souhaiter que ce modeste article contribue à les faire connaître ?

                                                                                                         

 

                                                                                                                                  Cagnes sur mer, 2016  

                                                                                                                            Michel GAUDET, Critique d'Art

 

 

"Daniel Mourre est un Vrai Artiste.

 

L’esthétisme de ses œuvres, le fil de sa démarche artistique sont le fruit de souffrances infligées par ce monde qui décline, et où il ne se reconnait plus. Sa volonté est de mettre artistiquement en scène ce chaos que nul n’ignore, mais que la majorité ne veut plus voir.

 

La beauté des créations est à la hauteur de la noirceur du constat. Et lorsqu’on s’attarde sur la technique employée, alors l’absolue cohérence de l’ensemble s’impose à nous.

 

Daniel Mourre est un passionné et un perfectionniste. Son opiniâtreté créatrice force l’admiration. Somme toute, sa démarche est positive et pédagogique.

 

Ne vous méprenez pas, derrière ce personnage fantasque se cache une belle personne, imprégnée de valeurs rares et de qualités humaines indéniables.

 

                                                                                                   

                                                                                                                                 Montpellier, juillet 2020

                                                                                                                   Critique de Monsieur Jean-Marc Reifenberg 

 

De l’effondrement à l'Apocalypse

«Daniel Mourre situe son travail dans une ère qui serait celle d’une post civilisation industrielle. Il se place comme un archéologue qui irait relever les empreintes d’une ancienne civilisation éteinte : la nôtre. Son matériau essentiel est vivant et complètement celui de la civilisation du métal: La rouille.  C’est une matière évolutive  qui offre la surprise de ses constantes transformations / mutations. On peut voir ses œuvres comme les empreintes fossilisées d’une ère industrielle qui a perdu le sens et s’est anéantie. Les pièces qu’il donne à voir, rejoignent dans leur totale contemporanéité,  une sorte de rappel d’art primitif. Une sorte de nouvel art-premier post effondrement. A la fois brut, et rugueux. ».

 

                                                                                                                                    Pascal CREUSOT 2019

La démarche de Daniel Mourre s' articule autour de l’empreinte de l’homme, traces indélébiles de son passage sur terre. Elle intègre donc une notion de temps. La prétention artistique qui l’anime est de la mettre en scène, pour que le regard s’y arrête et que la réflexion débute. L’empreinte de plaques d’égout est le prétexte pour exprimer les stigmates de l'évolution, les paradoxes entre la lumière et l’obscurité, l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible, le laid et le beau. Les univers au-dessus et au-dessous d’une plaque d’égout sont antinomiques. Elle est pour l'artiste le support d’expression des traces de l’humain dans notre monde, de son impact environnemental et sociétal. L’empreinte de l’empreinte traduit, poussée à son extrême, les conséquences des actions de l’Homme contre lui-même. De la bouche d’égout naissent des œuvres qui traduisent ses émotions, sa colère et surtout ce besoin viscéral de montrer. L’auto destruction est amorcée, c’est acteur que l'artiste devient face au chaos qui s’annonce.

 

Sa démarche artistique explore la corrélation et  l’implication de l’artiste dans son œuvre à travers ses différents supports et celle de l’Homme avec le sien : la terre. Sa démarche interroge sur la capacité de l’Homme à prendre conscience, à temps, du danger qui le menace, de son impact, de l’apocalypse qu’il précipite. Quand devra-t-il réagir et prendre une décision, comme Daniel Mourre le fait en tant qu’artiste, en stoppant le processus de destruction de ses supports ? A l’instar de l’empreinte de l’Homme et ses conséquences sur sa propre espèce, ses œuvres sont le fruit de sa vision impuissante sur ce monde chaotique. Tel est le fil conducteur du message qu'il souhaite transmettre.

 

Autodidacte dans tous ses arts, Daniel Mourre travaille à Frontignan (Hérault). il a d'abord travaillé l'Ovoïde en 2003 pour lesquels il a reçu 2 critiques d'art de Monsieur Michel Gaudet. Ce travail artistique sur l’œuf  lui a permis d'éclore et de trouver sa voie sur l'empreinte tel la coquille l'est pour la naissance de l'oisillon.

 

 

 

 

                                                                                                    GENÈSE

 

Dans les salons d’art, l’installation de milliers de m² de tissus et de moquettes pour la décoration des halls et des stands, pour quelques jours puis jetée m’a choqué et interpellé. J’ai constaté l’étendue de l’impact que pouvait avoir l’homme en présentant simplement des objets dont la plupart ne sont pas de première nécessité. Des milliers de personnes ont déambulé et ont laissé inconsciemment les empreintes de leur passage sur la moquette qui masquait des  bouches d’égout. Une symbolique s’est imposée à moi. Je me devais de récupérer ces épreuves, avant qu’elles ne soient détruites, pour les sublimer….J’ai aussi récupéré les tissus ignifugés des stands avoisinant en pensant à un futur travail.

 

 

 

                                                                                         TRAVAIL ARTISTIQUE

 

Mon travail artistique est  l’empreinte en général, en particulier celle de la bouche d’égout et de mon corps. Ma technique fait appel au principe de l’empreinte (négatif/positif) et de l’impression cf (séries Torec, Sover, et Brefi), du matériau qu'est  la rouille que je maîtrise par expérience, par des techniques de propagation  et d’imprégnation.

 

Je travaille l’empreinte de manière verticale (série Imprégnation) comme l’eau ou la pollution s’imprègnent dans la terre, et  de manière horizontale (série Propagation) comme la goutte d’huile s’étale sur une surface liquide comme la mer ou les lacs lors d’une pollution.

Mon travail utilise comme base principale mes propres rebuts artistiques ainsi que des objets usagés récupérés pour créer mon  travail artistique et pour minimiser mon propre impact par et dans mon art.

 

De la terre, l’Homme en tire l’oxyde de fer pour le transformer en acier et fonte; par l’utilisation de la rouille, je ne montre qu’une boucle naturelle car  l’acier et la fonte retournent à leur état originel par l’action de la rouille.

 

Mes Supports sont tous des rebuts, des déchets de récupération : moquettes, papier canson, tissus, cartons intercalaires, statuaire, plâtre, reliquats de déchets. La présentation se fait sur support de bois, sur châssis entoilé, calicot, plaque de fer, cartons …

 

Cf : Torec = Recto

      Sover = Verso

      Brefi  = Fibre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans mon atelier lors de la visite de Martin BEZ, directeur de la Galerie Dock Sud à Sète. Juillet 2019